(La Presse-MC) - Le réseau de télévision TQS, qui vient se trouver un sauveur en la famille Rémillard (Remstar), n’est pas sorti de l’auberge.
Les acheteurs devront maintenant s’entendre avec les créanciers et trouver les fonds nécessaires pour faire rouler la machine.
Or, à l’heure où les revenus tirés de la publicité sont à la baisse chez les télédiffuseurs conventionnels, il est à se demander comment l’entreprise pourra être rentable, se demandait mardi un analyste sous le couvert de l’anonymat.
D’abord, la dette. Chez TQS, elle s’élève à plus de 68 M$. Imaginons que dans leur plan d’arrangement avec les créanciers, Remstar propose quelque chose comme 20 ¢ par dollar dû. Un règlement tournerait alors autour de 14 M$.
Une fois la dette réglée, il faudra alors penser à faire tourner la machine. Actuellement, le fonds de roulement de TQS est à zéro.
Depuis quelques années, le réseau TQS engrange bon an mal an des revenus annuels de 100 M$. Le hic, c’est qu’il perd chaque année une somme d’environ 6 M$.
Pour ne pas effrayer les annonceurs, qui pourraient déserter en masse la station du Mouton noir lors de la rentrée automnale, les nouveaux acheteurs devront rester calmes. Peu de compressions sont donc à prévoir du côté de la programmation.
CTVglobemedia, qui possède 40 % des parts de TQS, soutient avoir perdu dans l’aventure du Mouton noir près de 71 M$ depuis son acquisition en 2002. Cogeco, l’autre partenaire à 60 %, a perdu plus de 100 M$.
Il faut dire que dès 2009, les télédiffuseurs conventionnels comme TVA (Quebecor), TQS (Remstar), CTV (Bell-Globemedia) et Global (CanWest) pourront ven-dre sans limite des publicités sur leurs ondes. Des revenus supplémentaires sont donc à prévoir.
Mais en revanche, ils devront investir des montants significatifs pour convertir leur technologie de transmission analogue en mode numérique (HD). Résultat : peu de gains à l’horizon.
Pour Quebecor, les sommes à investir dans le réseau de transmission des ondes de TVA d’ici le 31 août 2011 (date butoir fixée par le CRTC) seront considérables. On parle de 50 M$.
CanWest devra de son côté allonger 100 M$ pour convertir le réseau de Global à la haute définition. Chez TQS, on parle de 30 M$.
Plutôt que de se battre pour aller chercher de nouveaux annonceurs, les télédiffuseurs souhaitaient plutôt avoir accès aux imposantes redevances d’abonnements des câblodistributeurs (Vidéotron, Shaw, Rogers, Cogeco, Bell ExpressVu, etc.) versées aux télés spécialisées et payantes. Une cagnotte annuelle de 1,6 milliard $.
Car pour l’heure, c’est surtout le secteur de la télévision spécialisée et payante qui empoche les dollars.
En 2006, les propriétaires des chaînes spécialisées ont généré au pays quatre fois plus de profits (627 M$ avant impôts et amortissements) que la télévision généraliste des réseaux privés (171 M$).
Entre 2003 et 2006, les revenus de la télévision spécialisée au Canada ont bondi de 9,8 % par année alors que celui de la télévision privée conventionnelle y allait d’une maigre progression annuelle de 1,6 %.
Ainsi, ce sont les sociétés Astral et Corus qui ont enregistré le meilleur ratio bénéfice d’exploitation sur les revenus. Astral possède notamment 17 chaînes spécialisées, dont Super Écran, Canal Vie, Canal D, Musique Plus, Vrak.TV et Télétoon.
Alors on fait quoi? On achète du Corus et du Astral, suggèrent les analystes.
Chez RBC Marchés des capitaux, l’analyste Drew McReynold fixe un prix cible de 24 $ sur le titre de Corus qui s’échange ces temps-ci près des 20 $.
À la mi-janvier, l’action de Corus s’échangeait près des 44 $. Il s’attend toutefois à une progression des revenus plus modeste l’an prochain.
Les raisons? Les radiodiffuseurs pourraient devoir augmenter leurs redevances aux artistes pour les pièces musicales jouées en ondes. Et puis, la récession aux États-Unis pourrait se traduire par un ralentissement économique au pays, donc une baisse des revenus publicitaires.
À la Financière Banque Nationale, l’analyste Adam Shine croit de son côté que l’action d’Astral Media s’échange 25 % en dessous de sa valeur réelle. Il croit que les divisions télé et radio d’Astral contineront d’être très profitables.
D’ici 12 mois, il croit que le titre franchira la barre des 44 $, lui qui vaut ces temps-ci près des 37 $.
Publié par : Marcel Charland
à 08:22:23
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